Le terme « Porifères » vient du latin porus (pore) et ferre (porter), signifiant « qui porte des pores ». Également appelés spongiaires (du latin spongia, éponge), ces animaux sont exclusivement aquatiques. Bien que la grande majorité des espèces soient marines, quelques-unes vivent en eau douce. Fixées sur des supports variés, elles colonisent tous les milieux, de la surface jusqu’à 5 000 mètres de profondeur. Apparues au début du Cambrien il y a environ 540 millions d’années, les éponges comptent aujourd’hui près de 10 000 espèces répertoriées à travers le monde.
Les éponges figurent parmi les animaux les plus simples de la planète. Leur forme est souvent
irrégulière et dépourvue d’axe de symétrie. Leur corps se compose de multiples cellules organisées
en couches distinctes, mais sans jamais former de véritables tissus ni organes. Totalement immobiles,
elles filtrent l’eau pour se nourrir et capter le dioxygène grâce à des cellules à flagelles qui créent
un courant continu. Cette simplicité structurelle leur confère un incroyable pouvoir de régénération.
La plupart des éponges se fixent sur des substrats durs, roches, algues, coquilles, matériaux artificiels
mais certaines perforent les roches calcaires et les coquilles ne laissant visible en surface que
leurs pores inhalants. Leur taille varie de quelques millimètres à plusieurs mètres notamment dans
les zones soumises aux forts courants de marée ou dans les abysses.
L’éponge Suberites ficus, Ria d’Etel, France, 11 mètres, 2011, WBN.
Malgré leur apparente inertie, les éponges s’avèrent indispensables à l’équilibre des écosystèmes marins.
Elles agissent comme des espèces ingénieures, c’est-à-dire des organismes qui modifient et créent des
habitats pour les autres. Grâce à leur structure tridimensionnelle, elles servent de micro-habitat et
de refuge à une vaste communauté d’organismes, bactéries, crustacés, annélides, échinodermes... voire même poissons.
Mais surtout, les éponges s’avèrent indispensables à l’équilibre des écosystèmes marins :
elles agissent comme de puissants filtres biologiques capables de filtrer quotidiennement d’immenses
volumes d’eau (jusqu’à 50000 fois leurs propre volume) pour capter la matière organique.
Elles jouent un rôle actif dans l’histoire des écosystèmes marins depuis des millions d’années.
Celui-ci est attesté par d’immenses structures fossiles. Les éponges furent les principaux constructeurs
de récifs du Paléozoïque et ont probablement atteint leur apogée durant le Mésozoïque, notamment durant
les périodes du Jurassique et Crétacé. Les édifices monumentaux qu’elles formaient, constituaient alors
des milieux de vie comparables aux barrières de corail actuelles.
Les éponges servent d’habitat à de nombreux organismes, l’ophiure singe (Ophiothrix fragilis) dans l’éponge cendrée (Haliclona (Reniera) cinerea)
Il est généralement admis que les éponges représentent l’un des premiers groupes d’animaux pluricellulaires
apparus sur Terre. Les plus anciennes traces fossiles attestées, sous la forme de spicules siliceux désarticulés,
datent d’environ 543 millions d’années (Ma). Toutefois, la découverte récente en Chine d’Helicolocellus cantori,
un fossile datant de 550 Ma et attribué à une forme ancestrale d’éponges hexactinellides dépourvues de spicules,
laisse à penser que les premières éponges sont probablement plus anciennes. L’absence de matière minérale chez
ces formes primitives, induisant un faible potentiel de fossilisation, expliquerait la quasi-absence de traces
durant la période précambrienne.
En parallèle, les études phylogénétiques basées sur l’horloge moléculaire estiment que la lignée des éponges
a divergé il y a environ 608 à 700 Ma. D’autres éléments viennent étayer cette hypothèse, tels que des traces
chimiques (biomarqueurs) conservées dans des roches anciennes datant de 650 Ma.
On peut également citer la découverte - bien que contestée et ne faisant pas consensus - de structures tubulaires
provenant d’une roche découverte au nord-ouest du Canada et datée d’environ 890 Ma,
décrites comme appartenant à une forme primitive d’éponge.
Éponges fossiles. 1- éponge tubulaire multiple cf. Cypellia prolifera, 2- éponges tubulaires simples, 3- petites éponges coupe (Jurassique, environ 155 Ma) (Yonne) ; 4- éponge coupe Chenendopora sp. (Crétacé, environ 95 Ma) (Calvados).
Il est difficile de décrire la morphologie générale d’une éponge bien que chaque espèce possède généralement
sa forme propre. Plusieurs formes types sont décrites :
- Encroûtante : l’éponge recouvre le substrat et épouse sa forme. C’est la forme typique des zones agitées.
- Dressée : l’éponge évoque des arbuscules plus ou moins grands.
- Lobée : l’éponge est fixée sur une grande surface de sa base, elle est recouverte de masses charnues.
- D’autres revêtent une forme sphérique, ou en boule, une forme tubulaire ou encore en coupe.
Si la morphologie demeure essentielle dans la détermination d’une espèce, certaines adaptations peuvent survenir
suivant l’influence du type de substrat et/ou l’intensité des mouvements de l’eau. Le dessin ou la photographie
sont donc nécessaires pour déterminer une espèce. Cependant, le dessin et l’observation visuelle se heurtent
parfois à des limites de convergence évolutive, car deux espèces distinctes peuvent adopter la même forme sous
la contrainte des courants. Pour obtenir une détermination taxonomique rigoureuse, les biologistes doivent
compléter l’approche morphologique par l’examen microscopique de leur squelette. L’analyse de la forme des
spicules (petites aiguilles de silice ou de calcaire) et de l’agencement des fibres de spongine reste le
seul moyen infaillible pour différencier deux éponges aux silhouettes en apparence identiques
Les formes typiques d’éponges
Les auteurs

Plongeur - Naturaliste
Photographe Sous-Marin

Chargée d’études en environnement marin
Plongeuse professionnelle - Naturaliste
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