Page d’accueil

Présentation des Porifères 1ère partie

Généralités

Temps de lecture : 9 à 12 mn

Difficulté

06 septembre 2026

Partager

Le terme « Porifères » vient du latin porus (pore) et ferre (porter), signifiant « qui porte des pores ». Également appelés spongiaires (du latin spongia, éponge), ces animaux sont exclusivement aquatiques. Bien que la grande majorité des espèces soient marines, quelques-unes vivent en eau douce. Fixées sur des supports variés, elles colonisent tous les milieux, de la surface jusqu’à 5 000 mètres de profondeur. Apparues au début du Cambrien il y a environ 540 millions d’années, les éponges comptent aujourd’hui près de 10 000 espèces répertoriées à travers le monde.

Les éponges figurent parmi les animaux les plus simples de la planète. Leur forme est souvent irrégulière et dépourvue d’axe de symétrie. Leur corps se compose de multiples cellules organisées en couches distinctes, mais sans jamais former de véritables tissus ni organes. Totalement immobiles, elles filtrent l’eau pour se nourrir et capter le dioxygène grâce à des cellules à flagelles qui créent un courant continu. Cette simplicité structurelle leur confère un incroyable pouvoir de régénération.
La plupart des éponges se fixent sur des substrats durs, roches, algues, coquilles, matériaux artificiels mais certaines perforent les roches calcaires et les coquilles ne laissant visible en surface que leurs pores inhalants. Leur taille varie de quelques millimètres à plusieurs mètres notamment dans les zones soumises aux forts courants de marée ou dans les abysses.

L’éponge <i>Suberites ficus</i>, Ria d’Etel, France, 11 mètres, 2011, WBN.

L’éponge Suberites ficus, Ria d’Etel, France, 11 mètres, 2011, WBN.

Un rôle écologique indispensable

Malgré leur apparente inertie, les éponges s’avèrent indispensables à l’équilibre des écosystèmes marins. Elles agissent comme des espèces ingénieures, c’est-à-dire des organismes qui modifient et créent des habitats pour les autres. Grâce à leur structure tridimensionnelle, elles servent de micro-habitat et de refuge à une vaste communauté d’organismes, bactéries, crustacés, annélides, échinodermes... voire même poissons.
Mais surtout, les éponges s’avèrent indispensables à l’équilibre des écosystèmes marins : elles agissent comme de puissants filtres biologiques capables de filtrer quotidiennement d’immenses volumes d’eau (jusqu’à 50000 fois leurs propre volume) pour capter la matière organique.
Elles jouent un rôle actif dans l’histoire des écosystèmes marins depuis des millions d’années. Celui-ci est attesté par d’immenses structures fossiles. Les éponges furent les principaux constructeurs de récifs du Paléozoïque et ont probablement atteint leur apogée durant le Mésozoïque, notamment durant les périodes du Jurassique et Crétacé. Les édifices monumentaux qu’elles formaient, constituaient alors des milieux de vie comparables aux barrières de corail actuelles.

Les éponges servent d’habitat à de nombreux organismes, l’ophiure singe 
					(<i>Ophiothrix fragilis</i>) dans l’éponge cendrée (<i>Haliclona (Reniera) cinerea</i>)

Les éponges servent d’habitat à de nombreux organismes, l’ophiure singe (Ophiothrix fragilis) dans l’éponge cendrée (Haliclona (Reniera) cinerea)

L’apparition des éponges

Il est généralement admis que les éponges représentent l’un des premiers groupes d’animaux pluricellulaires apparus sur Terre. Les plus anciennes traces fossiles attestées, sous la forme de spicules siliceux désarticulés, datent d’environ 543 millions d’années (Ma). Toutefois, la découverte récente en Chine d’Helicolocellus cantori, un fossile datant de 550 Ma et attribué à une forme ancestrale d’éponges hexactinellides dépourvues de spicules, laisse à penser que les premières éponges sont probablement plus anciennes. L’absence de matière minérale chez ces formes primitives, induisant un faible potentiel de fossilisation, expliquerait la quasi-absence de traces durant la période précambrienne.
En parallèle, les études phylogénétiques basées sur l’horloge moléculaire estiment que la lignée des éponges a divergé il y a environ 608 à 700 Ma. D’autres éléments viennent étayer cette hypothèse, tels que des traces chimiques (biomarqueurs) conservées dans des roches anciennes datant de 650 Ma. On peut également citer la découverte - bien que contestée et ne faisant pas consensus - de structures tubulaires provenant d’une roche découverte au nord-ouest du Canada et datée d’environ 890 Ma, décrites comme appartenant à une forme primitive d’éponge.

Éponges fossiles. 1- éponge tubulaire multiple cf. <i>Cypellia prolifera</i>, 
					2- éponges tubulaires simples, 3- petites éponges coupe (Jurassique, environ 155 Ma) (Yonne) ; 
					4- éponge coupe <i>Chenendopora sp.</i> (Crétacé, environ 95 Ma) (Calvados).

Éponges fossiles. 1- éponge tubulaire multiple cf. Cypellia prolifera, 2- éponges tubulaires simples, 3- petites éponges coupe (Jurassique, environ 155 Ma) (Yonne) ; 4- éponge coupe Chenendopora sp. (Crétacé, environ 95 Ma) (Calvados).

Les formes typiques d’éponges

Il est difficile de décrire la morphologie générale d’une éponge bien que chaque espèce possède généralement sa forme propre. Plusieurs formes types sont décrites :
- Encroûtante : l’éponge recouvre le substrat et épouse sa forme. C’est la forme typique des zones agitées.
- Dressée : l’éponge évoque des arbuscules plus ou moins grands.
- Lobée : l’éponge est fixée sur une grande surface de sa base, elle est recouverte de masses charnues.
- D’autres revêtent une forme sphérique, ou en boule, une forme tubulaire ou encore en coupe.
Si la morphologie demeure essentielle dans la détermination d’une espèce, certaines adaptations peuvent survenir suivant l’influence du type de substrat et/ou l’intensité des mouvements de l’eau. Le dessin ou la photographie sont donc nécessaires pour déterminer une espèce. Cependant, le dessin et l’observation visuelle se heurtent parfois à des limites de convergence évolutive, car deux espèces distinctes peuvent adopter la même forme sous la contrainte des courants. Pour obtenir une détermination taxonomique rigoureuse, les biologistes doivent compléter l’approche morphologique par l’examen microscopique de leur squelette. L’analyse de la forme des spicules (petites aiguilles de silice ou de calcaire) et de l’agencement des fibres de spongine reste le seul moyen infaillible pour différencier deux éponges aux silhouettes en apparence identiques

Les formes typiques d’éponges

Les formes typiques d’éponges

Les auteurs

Photographie de Wilfried Bay-Nouailhat

Wilfried Bay-Nouailhat

Plongeur - Naturaliste
Photographe Sous-Marin

Photographie de Anne Bay-Nouailhat

Anne Bay-Nouailhat

Chargée d’études en environnement marin
Plongeuse professionnelle - Naturaliste

Revenir en haut de la page

© Mer et littoral 2004-2026 - All rights reserved

Les textes et images présents sur ce site ne sont pas libres de droits et ne peuvent pas être copiés et/ou utilisés sans l’accord de leurs auteurs respectifs.